Une séquelle possible de l’AVC : l’Aphasie – 2ème partie

Le fil électrique rose formant un cerveau, duquel dépasse une prise de courant. Le cerveau n'est pas branché !

Langage, lecture, écriture, voix, ce sont toutes ces fonctions qui peuvent être touchées par l’aphasie. Dur, dur… mais il existe des méthodes qui peuvent parfois aider à la surmonter.

Dans la 1ère partie de mon article sur l’aphasie (Une séquelle possible de l’AVC : l’Aphasie – 1ère partie), je vous avais parlé de la méthode Padovan qui est une alternative aux méthodes d’orthophonie « classiques ». Grâce à mon orthophoniste (un grand merci à Charlotte !), j’ai testé une autre méthode : la méthode Gisèle Gelbert.

Rééducation de l’aphasie : l’Orthophonie

Méthode Gisèle Gelbert

Qui est Gisèle Gelbert ?

Un homme vêtu d'une blouse blanche et tenant à la main une torche entre un cerveau.

Gisèle Gelbert est une linguiste, devenue orthophoniste puis neurologue, spécialisée dans les troubles de type « aphasiques », autrement dit les troubles qui affectent la parole, la lecture et l’écriture. Elle rééduque ses patients aphasiques adultes d’abord, puis, lors d’une rencontre avec un enfant de 11 ans non-lecteur ET ne présentant pas de lésions cérébrales (comme peuvent en révéler des victimes d’un AVC), elle analyse et explique ces dysfonctionnements spécifiques. Elle met alors au point sa méthode de rééducation.

Un point qui avait son importance pour moi : cette méthode ne nécessite qu’une séance par semaine. La méthode Padovan en exigeait au moins deux. Je commençais à travailler et deux séances, c’était trop pour moi (en sus de mes séances de kiné).

Mes exercices de la méthode Gisèle Gelbert

(A noter : il y a plusieurs exercices possible en fonction des difficultés de chaque personne.)

  1. Améliorer la lecture d’un point de vue qualitatif :
    • Lectures, enregistrement, relecture en alternance avec l’orthophoniste, d’abord normalement, ensuite en détachant les syllabes et en les rythmant à l’aide d’un crayon tapé sur la table.
    • Je parvenais d’une manière plus fluente à lire après avoir fait ces exercices : articuler, respirer au bon moment (comme à la flûte traversière !), ne pas transformer de mots ou sauter des petits mots, m’empêcher de dire « euh, euh » à tout bout de champs, etc… C’est fou tout ce qu’on a à penser quand la lecture n’est pas automatique ! Je comprends mieux les CP !
    • Une astuce : prendre sa règle pour ne pas confondre les phrases et rester concentré sur les mots OU utiliser son doigt pour suivre les mots : au moins, on ne risque pas d’en louper ! Bon, il faut ce qu’il faut (entre autres : ravaler sa fierté.)
  2. Comprendre le texte :
    • Je devais résumer du texte que je venais de lire et répondre aux questions posées par mon orthophoniste sur le sens de ce texte.
    • NB : j’étais tellement focalisée sur ma lecture que comprendre le texte en même temps, c’était pas de la tarte, malgré les exercices de lecture !
  3. Copier une phrase du texte.
  4. Épeler les mots de cette phrase… Dur, dur pour moi, encore maintenant : je lis une lettre, je l’entends dans ma tête, mais il me faut une seconde de réflexion pour la prononcer. C’est balot, hein ? Donc exercices avec le bottin téléphonique à épeler ! Tu parles d’une galère ! Mais ça, ce n’est pas dans la méthode de Gisèle Gelbert 😉 !

Ça ne fait partie d’aucune méthode, mais il faut bien que je m’entraîne. Mon système pour m’exercer : je prends des « Bennett » d’Antony Buckeridge (très, très drôle !), on les lit à haute voix, en alternant, mon fils et moi, et… on s’éclate !

Durée de ma rééducation en orthophonie

En gros, j’ai tenu 5 ans. Pour vous donner un ordre d’idée :

  • 1er mois à l’hôpital en hospitalisation complète : 5 fois / semaine
  • En hôpital de jour et en libéral : 3 fois / semaine pendant 1 an, puis 2 fois /semaine pendant 4 ans
  • Quand j’ai commencé à travailler, j’ai tenté d’y aller 1/semaine mais je n’ai tenu qu’un trimestre.

Il est tout à fait possible de refaire un petit « stage » après. Il suffit de demander à son médecin traitant une ordonnance.

Mes astuces

  • Les orthophonistes (en tout cas les miennes, Véronique et Charlotte) sont des fines psychologues. Elles m’ont toujours remonté le moral …Ça fait du bien !
  • Se faire un petit bilan sur ses progrès 1 fois /an au lieu d’une fois par mois. Vous faites des progrès, mais quand on a le nez dans le guidon, ce n’est pas simple d’être objectif sur eux.
  • Arrêter de stresser si on a une semaine ou un mois « sans » : l’essentiel, c’est de tenir le plus longtemps possible. C’est une course d’endurance.
  • Ne pas hésiter à partir en vacances. Le cerveau travaille quand même, et si vous êtes reposé, il repartira à fond la caisse !

Mais si vous cherchez une alternative à l’orthophonie, pourquoi de ne pas chercher plutôt une chorale…?

Chant & Aphasie : pourquoi chanter est-il plus facile que parler ?

Il s'agit un montage en 3D, un GIF. Un tête d'homme dont on voit le cerveau en transparence tourne. En arrière-plan, on voit des partitions de musique.

Massachusetts Institute Of Technology

J’ai entendu parler des bénéfices du chant sur l’aphasie, mais je ne m’en suis jamais trop préoccupée. Je ne l’ai pas pratiqué à proprement parler (sans mauvais jeu de mots !). Il est vrai cependant que mes orthophonistes m’avaient conseillé de fredonner (à défaut de chanter et de parler) des comptines, type « Au clair de la lune », à mon fils qui avait 2 mois, pour établir le contact avec lui. A vrai dire, je ne me souvenais plus de rien au début, je me forçais à fredonner c’est tout, et puis, l’air de « Santiano » (vous savez, le chanson de Hugues Auffray, c’est un fameux trois-mâts, hisse et oh Santiano, etc…) m’est revenu avant « Au clair de la lune ». Émotionnellement, ce fût difficile, mais bon, j’ai tenu la barre, j’ai tenu le vent…

Dix ans après mes AVC, je suis forcément dans une autre optique … ce qui m’a conduit à chercher ce que pouvait bien m’apporter une chorale !

Les bénéfices du chant en chorale sur l’aphasie

Ce qui est à mon avis primordial, c’est que le chant améliore l’humeur et le bien-être chez… tout le monde ! Sauf que l’humeur est essentielle pour des personnes aphasiques car la dépression les guette (30% la première année suivant un AVC – Mémoire de Flora Leguégé). Or la dépression ralentit, voire freine, les progrès au niveau du langage.

  1. Diminution du stress.
  2. Amélioration de la respiration grâce la stimulation des cordes vocales, en autres, mais aussi des muscles respiratoires, ce qui améliore la fonction pulmonaire. Ça, j’en suis intimement persuadée : pour bien parler, il faut non seulement avoir du souffle, mais savoir aussi réguler sa respiration. On le découvre seulement quand on est aphasique.
  3. Amélioration de la prononciation et de l’intelligibilité donc meilleure compréhension par son interlocuteur.
  4. Amélioration du débit de la parole.
  5. Amélioration des fonctions cognitives, par exemple :
    • la mémoire verbale
    • l’attention (quand on n’en a pas, difficile d’avoir de la mémoire de travail)
  6. L’aphasie peut conduire à un repli sur soi dû à un manque de possibilité de communication. Faire partie d’une chorale permet de créer du lien social (créer de nouvelles amitiés en dehors de la famille, par exemple) et donne le sentiment d’appartenir à un groupe… et si le groupe est homogène, en autres (cf. étude de Tarrant et al. (2016) sur les conditions idéales pour qu’un patient accepte de participer à une séance de groupe.)
    • Mon grain de sel : je me sentais très inférieure aux autres, alors pensez ! Dans un groupe d’aphasiques, au moins on se comprend !

Pourquoi de tels bénéfices ?

Musique & Langage

Il s'agit d'un GIF, un dessin. Un homme joue de la contrebasse, debout devant son pupitre et ses partitions. Ses mains pincent les cordes de son instrument. On voit comme des feux d'artifices qui jaillissent au-dessus de sa tête.

Je me suis arrêtée sur des mémoires de fin d’études d’orthophonistes soutenus en 2018 et 2019 : Flora LEGUEGE – 2018 : Les facilitateurs et les obstacles dans la participation à une activité chorale chez le sujet porteur d’un trouble acquis de la communication d’origine neurologique , et Estelle Lecomte-Behaghel – 2019 : Le chant choral auprès des personnes aphasiques : enquête sur la satisfaction des choristes – création d’un outil de guidance.

Voilà ce que j’ai compris et retenu… Grâce aux techniques d’imagerie médicale, l’hypothèse selon laquelle le langage et la musique seraient traités dans deux zones séparées du cerveau (langage, hémisphère gauche – musique, hémisphère droit) est partiellement démentie. Ainsi, des études ont démontré qu’il existe des réseaux de neurones communs, d’où des recherches sur l’amélioration du langage chez les personnes aphasiques grâce à la musique, et plus tard grâce à la pratique du chant. Il est à noter que le rythme provoque une activation des deux hémisphères (cf. Mémoire de F. Leguégé).

J’ai aussi appris dans ces mémoires qu’une étude portant sur 60 patients victimes d’AVC (T.Sarkamo – 2008) révèle une récupération cognitive à la suite d’une écoute régulière et passive de musique. La mémoire verbale et l’attention avaient été améliorées. Ainsi :

Au total, 60 patients victimes d’un AVC (de l’hémisphère cérébral droit ou gauche) ont été répartis aléatoirement en trois groupes. Les sujets d’un groupe écoutaient des musiques qu’ils avaient choisies, pendant au moins une heure par jour durant deux mois. Dans le second groupe, les sujets écoutaient des enregistrements de livres audio. Le dernier groupe suivait une rééducation habituelle sans changement. Des tests évaluant leurs capacités cognitives ont été réalisés au début du test, à trois mois puis à six mois. Les résultats obtenus montrent que le groupe qui avait écouté de la musique s’est davantage amélioré sur les tâches de mémoire verbale et d’attention comparativement aux autres groupes. (Mémoire de F.Leguede)

Au cas où… rien n’empêche d’écouter une heure de musique par jour, quelle qu’elle soit, pourvu qu’elle vous plaise !

Thérapies de l’aphasie & Chant

Un mécanicien est en train de réparer un cerveau, comme dans un garage. Sa tête est cachée sous le cerveau. A côté, on voit sa caisse à outils et ses outils qui jonchent le sol.

Différentes méthodes de rééducation du langage ont été élaborées. Certaines sont détaillées dans le mémoire dEstelle Lecomte-Begaghel (pages 13 et 14). La plus connue est la Melodic Intonation Therapy (MIT) qui m’a rappelé la méthode de Gisèle Gelbert.

(NB : le MIT est destiné à la rééducation chez les personnes ayant une aphasie de Broca non-fluente, c’est-à-dire qu’elles ont du mal à « sortir » les mots.)

C'est le dessin en couleurs d'un homme dont le cœur est relié au cerveau par des cordes de guitare.

Cette méthode se base sur la mélodie, le rythme appuyé par le battement de la main du patient. Par exemple, il s’agit d’appliquer une note par syllabe et de détacher ces syllabes par le rythme. L’objectif est de faciliter la compréhension et la prononciation par le patient. Dans le MIT, le patient chante avec son thérapeute qui lui propose aussi une image illustrant le texte.

De même, dans la méthode Padovan, le thérapeute chante des comptines tout au long des exercices. Pour inciter le patient à mobiliser son attention…? Je ne suis pas dans le secret des dieux : ce n’est qu’une hypothèse !

Conclusion

Même si l’écoute de la musique est bénéfique au patient, même si le chant aide à la production de la parole, Flora Leguégé conclut :

  •  » Il (le chant) peut ne pas avoir une visée thérapeutique directe mais avoir malgré tout un effet, car il offre beaucoup de possibilités de stimulation et de soutien social (Brady et al., 2012).  »
  • La chorale  » permet également une prise en soin globale puisqu’elle peut avoir un effet sur le bien-être et la qualité de vie de la personne aphasique. »

Anna Zumbansen de l’Université de Montréal, maître de mémoire de F. Leguede et de E. Lecomte, conclut dans sa thèse « Les bénéfices du chant dans la réadaptation de l’aphasie » en 2014 : « cette thèse soutient globalement que dans la réadaptation de l’aphasie, le chant apporte des bénéfices spécifiques sur le langage lorsqu’il est intégré dans une thérapie comme la MIT et des bénéfices comparables à d’autres activités sociales lorsqu’il est pratiqué comme activité de loisir dans une chorale. « 

Hum, hum…Bon, comme je ne suis pas experte en la matière, je dirais qu’il y a suffisamment de points positifs (même une ribambelle) pour vous laisser tenter par une chorale si dans votre région il en existe. Si cet article vous a motivé pour en créer une, rendez-vous sur le site Chorale & Aphasie qui vous donnera plein de précieux conseils d’organisation !

Et surprise, surprise … vous pourrez lire la 3ème partie de mon article sur l’aphasie « Vivre avec une aphasie » très bientôt ! Je vous laisse respirer 😉 !

5 réponses sur « Une séquelle possible de l’AVC : l’Aphasie – 2ème partie »

  1. Super temoignage !
    Et j’adore tes illustrations.
    A savoir : la Stroke association anglaise a été fondée par .. roald Dahl (Charlie et la chocolaterie etc). Sa femme à fait un avc enceinte de leur 5e enfant, aphasique grave. il a monté l assoc au départ pour lui financer un pg très intensif de reeduc orthophonie. Ça reste leur principale expertise je pense. A explorer ?

    Aimé par 1 personne

  2. Merci ! Effectivement, il faut de l’énergie ! Mais peut-être qu’en tendant une perche des élèves orthophonistes en fin d’études (donc qui sont dans l’obligation d’écrire un mémoire 😉 ), vous pourriez avoir une aide précieuse… J’ai l’impression que c’est un sujet à la mode ! En tout cas, je vais regarder !

    J'aime

  3. Ce site est super bien fait! C’est tellement important de recenser toutes ces chorales ciblées pour les différents problèmes ! Malheureusement j’habite en Belgique (région de Liege en Wallonie) et il n’y a rien de semblable!! Je ne crois pas avoir assez d’énergie Pour en créer une!!

    Aimé par 1 personne

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